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 Histoire d’Hiram le malchanceux

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mysanthropos
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MessageSujet: Re: Histoire d’Hiram le malchanceux   Mer 3 Déc - 16:27

2ème Histoire :

Histoire d’Hiram le malchanceux
Rachel Tanner



*

Nord de l’Iran
25 décembre, quinzième année de règne de sa majesté le roi Mativaza

Quand le grand feu éblouissant traversa le ciel, Hiram pensa que les dieux se querellaient et il éloigna prudemment son maigre cheptel à travers la colline rocheuse. L’expérience lui avait appris à se méfier de l’inattendu.

Escaladant la pente recouverte d’une herbe épineuse et rase, il poussa ses brebis tandis que quelque chose chutait du ciel à une allure vertigineuse et plongeait vers le sol. Hiram s’arrêta sur la crête et observa le spectacle. Il avait déjà vu des
pierres tomber à la lisière du désert, mais jamais aussi grosse que celle-là. Il aurait voulu qu’un mage soit là pour partager sa vision, et peut-être discuter de l’évènement. Les mages, c’était connu, comprenaient le mouvement des astres et la
nature du cosmos, et l’un d’eux aurait expliqué les causes du phénomène. Mais Hiram, depuis sept ans, vivait presque en ermite sur ces terres arides brûlées par le soleil. Parfois, il accomplissait une journée de marche jusqu’au village le plus proche pour troquer ses fromages et il voyait rarement d’autres personnes. Les villageois lui parlaient avec l’indifférence prudente que l’on accorde aux étrangers. Outre qu’il venait de la cité, Hiram avait les cheveux cuivrés et la peau très blanche. Dans ce pays d’hommes bruns à la peau hâlée, il ressortait comme une antilope au milieu d’un troupeau d’aurochs. La réserve des villageois lui convenait. Il s’était lassé du commerce humain. Mais en de rares occasions, comme ce jour-là, la nostalgie du verbe lui étreignait le coeur et il souhaitait ardemment partager ses émotions avec un être parlant.

Immobile sur la crête, Hiram regarda le météorite chuter, puis le perdit de vue alors que l’objet disparaissait derrière la ligne des collines, laissant une vapeur crépitante de lumière orange bleuté dans son sillage.

C’est alors que l’impact ébranla le sol dans un grondement de tonnerre et la terre bougea. Une colonne de poussière et de débris s’éleva dans l’air qui tremblotait. Le chien gémit, les moutons se mirent à courir. Le berger calma l’un d’une caresse, les autres d’une voix apaisante. Une fois rassemblé le troupeau sous la garde du chien, il redescendit la colline et se dirigea vers le point d’impact. Voyons voir ce que le ciel nous envoie.

Trop intrigué pour avoir peur, il marcha avec au coeur un sentiment d’impatience joyeuse. Ce sentiment l’étonna et il réalisa alors combien il aspirait à rompre la monotonie de son existence sereine et limpide, certes, mais dépourvue de
surprise.

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MessageSujet: Re: Histoire d’Hiram le malchanceux   Mer 3 Déc - 16:28

Il atteignit la vallée.

Les yeux bleus du berger, ces yeux qui suscitaient la colère de son père, scrutèrent le paysage, cherchant parmi la végétation de ciste, de sauge et de chênes kermès rabougris. Une trouée marron, faite de débris végétaux et de terre retournée, indiquait la trajectoire de l’objet céleste. Hiram avança avec précaution. Il aperçut un gros bloc de pierre noire qui fumait, s’approcha, furtif comme un léopard … Cela ressemblait à du basalte. Evoquant vaguement l’aspect d’un sarcophage, la pierre était oblongue, couverte d’aspérités peu prononcées et de trous creusés par l’érosion. Tombant à l’oblique, la lumière du soleil faisait ressortir les inégalités de la surface et coulait des ombres violettes sur la pierre noire.

Hiram se sentit déçu. Ce n’était pas l’œuvre d’un dieu. Une pierre. Juste une pierre !

Un léger bruissement alerta le berger. Il se retourna et éprouva un choc car, sortant des buissons de sauge, surgit une silhouette. C’était un homme, ou du moins il en avait l’aspect.

Sidéré, Hiram recula et le contempla.

L’homme était jeune et d’une beauté exceptionnelle. Ses cheveux formaient une crinière claire et bouclée qui brillait comme de l’or, ses yeux scintillaient comme ceux d’un lion qui chasse au crépuscule. Sur son grand corps mince et musclé il portait un manteau dont les plis s’arrondissaient sous l’effet du vent – du vent ? Mais il n’y a pas de vent ! songea Hiram. La respiration du berger se bloqua. Ce doit être un génie. Soudain il eut peur car si les génies étaient sans méchanceté, ils étaient aussi fantasques. Ses jambes fléchirent et il s’agenouilla dans la posture de l’oran.

- En quoi puis-je te servir, immortel ?

Les longs cils dorés du génie s’abaissèrent comme un rideau sur son regard ardent. Ses lèvres bougèrent, émirent un phrasé harmonieux qui ne ressemblait à aucun langage connu.

- Je ne comprends pas, balbutia Hiram.

La créature – Hiram n’était plus du tout certain qu’elle fût un génie – porta la main à son oreille, secoua la tête, prononça des mots qui ne signifiaient rien.
- Je ne suis qu’un berger, très Haut, et je te prie de pardonner mon ignorance.
Je suis venu voir le miracle de la pierre céleste, poursuivit Hiram en levant les yeux, puis les rabaissant aussitôt car il n’était pas sage de regarder les dieux en face.
**

Pinçant la bouche, le jeune homme doré esquissa un geste d’agacement. Son manteau prune l’enveloppait de la tête aux mollets, laissant voir un bas de pantalon et des bottes. Etranges et inhumains, ses grands yeux dorés toisaient Hiram sans
ciller. Finalement, il eut un haussement d’épaule.

Hiram déglutit. Ses entrailles se liquéfiaient, il n’en avait pas honte. Un mortel, face à un dieu mécontent. Dans un lieu où il avait choisi de se trouver. Il regretta amèrement sa curiosité. D’autant que la posture était douloureuse pour ses genoux.

Se désintéressant de l’humain, la créature céleste promena un regard aigu sur l’étroite vallée environnante, inspecta le relief de calcaire marneux, un terrain rocailleux planté de maquis. L’examen parut le décevoir. (Une déception de plus,
pensa Hiram malgré la précarité de sa situation.) Tranquillement, le dieu se dirigea vers un gros rocher qui se dressait au flanc de la colline. Il resta immobile quelques instants, se découpant sur le soleil rouge. La lumière enflammait ses cheveux d’une auréole pourpre.

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MessageSujet: Re: Histoire d’Hiram le malchanceux   Mer 3 Déc - 16:30

Le dieu écarta son manteau et tendit le bras droit. À la main, il tenait un curieux poignard recourbé. Un éclair frappa le rocher. Hiram écarquilla les yeux quand l’eau se mit à jaillir. C’était… stupéfiant. Quelle réaction manifester devant la
puissance d’un dieu ? Hiram ne savait pas qui était ni ce qu’était ce dieu, mais il reconnut à cet instant, comme l’avait écrit le sage Zarimazda cinq cents ans plus tôt, que « le sacré dépasse l’entendement humain ».
Le dieu s’abreuva longuement à la source qu’il venait de créer. Puis, sans même jeter un coup d’oeil derrière lui, il partit en direction du sud.

Hiram se releva gauchement. Vacillant, il se sentait comme sur un étalon emballé galopant à tout rompre, et totalement incontrôlable.

L’idée folle de suivre le dieu doré lui vint. Il hésita, sentant l’appréhension lui nouer les tripes, avant de décider qu’il n’avait plus rien à perdre. Il y avait en lui un besoin urgent (de quoi ?), une soif, une impulsion irrépressible qui le jeta sur les traces du dieu. Il ne pouvait davantage s’en empêcher qu’un filet de pêcheur n’aurait pu arrêter la mer.

Laissant une distance prudente entre eux, Hiram crapahuta dans la colline à la suite de l’immortel. Tandis qu’il se déplaçait en silence, la chasse solitaire l’ayant aguerri aux jeux de la traque, le soleil dessinait des ombres changeantes sur les pentes rocailleuses où s’accrochaient des broussailles. Un jeune lièvre bondit sur son chemin. Bon vent, pensa Hiram. C’est ton jour de chance. De la chance, lui même n’en avait jamais eu, se rappela-t-il, chagriné. Et il se rembrunit en ruminant les tristes raisons de son exil volontaire.

Puîné d’une famille de six enfants, il avait connu la honte de voir sa mère faire la putain avec les soudards de l’armée royale. Son père le battait à cause de ses cheveux roux, une couleur maléfique. « Graine de démon, grondait-il en cinglant
l’enfant d’une lourde lanière de cuir. Tu n’es pas mon fils ! » Il pensait que sa femme s’était divertie avec un étranger du port et la suite de l’histoire l’ancra dans cette idée. Quand Hiram se maria à l’âge de vingt ans, il crut son malheur conjuré ; l’épouse accoucha d’une magnifique petite fille, puis d’une seconde l’année suivante, et Hiram s’attacha profondément aux fillettes à mesure qu’elles grandissaient. Son épouse était belle mais aussi très froide. Lassée de leur pauvreté besogneuse, elle ne tarda pas à quitter Hiram pour devenir la concubine d’un riche marchand et emmena les fillettes. Hiram fut dévasté. Son coeur se recroquevilla sur soi et son âme se remplit de fiel. Rassemblant son maigre pécule, il quitta Eridu aux murailles d’ocre et de turquoise, voyagea vers le nord et s’installa sur des terres sèches où vivait un peuple
taciturne et endurant. Marchant toujours, il pleura en songeant à toutes ces années perdues. Il pleura sur lui-même, il pleura sur son destin. Et puis cela passa.
***

Au bout d’environ un mille, la sente déboucha sur une sorte de plateau plus verdoyant que les environs à cause d’une résurgence qui ruisselait, ténue et claire, sur la mince couche d’humus. Aplati derrière un buisson, Hiram observa le dieu qui s’était arrêté au milieu du plateau.

Il y eut un piétinement de broussailles.

L’aurochs déboula de nulle part. La bête était énorme, plus haute que les colosses de la garde royale, plus large qu’une cabane, et elle devait peser presque deux tonnes. Là-dedans, pas un pouce de graisse, juste cent pour cent de pur muscle en mouvement appelant un irrésistible réflexe de fuite. Son poil était d’un noir profond, une noirceur si sombre qu’elle niait toute couleur. Et enfin il y avait la terrifiante envergure de ses cornes, assez vaste pour porter un char.

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MessageSujet: Re: Histoire d’Hiram le malchanceux   Mer 3 Déc - 20:06

Hiram flaira l’odeur du surnaturel autour de la gigantesque créature. Pétrifié, il s’aplatit davantage contre le sol, jusqu’à se confondre avec la terre dans une immobilité minérale.

Le dieu qui avait revêtu une forme humaine et celui qui avait revêtu celle d’un taureau se jaugèrent du regard.

Le taureau fit ce que faisait tous les taureaux en pareille circonstance : il chargea. Tandis que la violence de ses foulées ébranlait le sol, il fonça, tête haute, la ligne impressionnante de son dos et de son garrot ondulant comme des serpents à la
lumière déclinante de fin d’après-midi. L’immortel bondit sur le côté d’un petit pas glissé. Dans un bruit de soufflet de forge et de sabots, le monstre noir poursuivit sa course… sa corne frôlant dangereusement le dieu immobile. Il se retourna
sèchement, rechargea, et de nouveau le dieu évita un coup de corne qui l’aurait éventré.

Il y avait maintenant un silence si profond que le souffle rauque du monstre vibrait dans l’air comme une scie, montant et descendant avec le martèlement des sabots. Le monstre revenait à la charge. Cette fois, le dieu sauta sur le taureau avec
la souplesse d’un danseur et le poignarda à la jugulaire.

Des mages vinrent voir Hiram et l’interrogèrent.

- Tu dis que tu as été choisi entre tous les hommes par le Seigneur Mithra, déclara le plus vieux d’entre eux.

C’était un grand et gros homme imposant, dont les bajoues étaient accentuées par un bonnet phrygien constellé de perles. Les autres portaient des bonnets ornés de pierres fines, agate, tourmaline et cinabre.

- Je ne prétends rien de tel, protesta Hiram en tiraillant les poils de sa courte barbe rousse mal taillée.

Je suis dans les ennuis, pensa-t-il. Les mages avaient investi le village tels une nuée de sauterelles, raflant la nourriture et les meilleures chambres. Comme ils se déplaçaient avec des chariots et des serviteurs, la charge n’était pas mince. Toutefois les villageois ne protestaient pas car ils étaient pieux. Ne recevaient-ils pas la bénédiction des dieux avec la venue des prêtres ? N’avaient-ils pas le privilège de les voir entretenir le feu sacré qui brûle éternellement ? Les mages se tenaient à présent dans la grande pièce au sol de terre battue qui faisait office de salle commune et regardaient Hiram avec la certitude d’obtenir des réponses.

- Mais c’est bien toi qui as vu Baga Mithra, le plus lumineux des Yazata, immoler le Taureau sacré ? (La voix était affirmative.)

Hiram acquiesça ; difficile de nier ce que tout le village savait. L’honnêteté le poussa néanmoins à préciser :

- Il avait toutes les apparences d’un dieu. Son nom, je l’ignore.
- Qui pourrait-ce être d’autre ? rétorqua le mage au bonnet constellé de perles.
- Le dieu était beau, blond, avec les yeux dorés, et son visage respirait la sérénité, intervint un autre.

À défaut d’imaginer une bonne raison de le contredire, Hiram hocha à nouveau la tête. Un murmure émerveillé parcourut la petite foule qui se massait derrière la porte afin d’assister à l’évènement. Les distractions étaient rares, la manifestation physique d’un dieu plus rare encore. Non seulement Mithra le Lumineux intervenait dans l’histoire humaine, mais de leur vivant, près de leur village, qui resterait à jamais un lieu béni entre tous.

- D’ailleurs, j’ai été le premier à prédire l’Evènement, révéla le gros mage d’un ton solennel. J’ai été alerté par des présages anormaux et par la mystérieuse position des étoiles. Les constellations du Taureau et du Scorpion formaient des
motifs significatifs sur l’équateur céleste.
- Cela est vrai, sage Artaliuma.
- C’était écrit dans l’Avesta depuis longtemps. « Le jour du solstice d’hiver, Mithra descendra du ciel pour sauver le monde.
- Mais où ? Où ? ulula le gros mage d’un ton chagriné. Notre quête, en vérité, nous a conduit jusqu’à un lieu des plus improbables. Jusqu’à un homme…eh bien… hum, assez inattendu.

Il ne le disait pas, mais tout dans son attitude signifiait : Comment se peut-il que le Soleil Invincible te choisisse comme témoin, au lieu de nous ? Apercevoir le Sauveur du monde était un prodige réservé aux mages et aux guerriers buveurs du haoma blanc. Pas à un modeste berger.
****

Hiram se tint coi. Outre qu’il était réservé de nature, il lui apparut clairement que la prudence s’imposait au milieu d’un tel aréopage. Il se sentait dangereusement exposé aux regards acérés des mages, posés sur lui telles des sangsues.

- Il faut nous raconter par le menu tout ce que tu as vu, reprit le mage que ses disciples appelaient Artaliuma. Tout! Même si tu ne le comprends pas, chaque détail a son importance.

Hiram contint un mouvement d’humeur. L’autre le prenait vraiment pour un idiot. Tant mieux, souffla une petite voix dans sa tête. D’un ton volontairement plat, il entreprit de leur narrer toute l’histoire et répondit à chaque question du mieux qu’il pût. Et des questions, il y en avait sans cesse. Un feu roulant de questions. Alors que le berger reprenait son souffle, le gros mage Artaliuma se pencha en avant.

- Parle-nous encore du Taureau.

Hiram toussota, la gorge sèche.

- J’ai soif, se plaignit-il.

Il se produisit une petite bousculade à la porte. La foule s’écarta. Une femme plus hardie que les autres traversa la salle, un pichet de bière à la main. Ignorant les regards avides et curieux, elle déposa le pichet devant Hiram. Qui la remercia d’un
sourire et la dévisagea franchement. Elle était sèche et brune comme les autres femmes du village, mais avec une présence qu’elles n’avaient pas. Sarah, se souvint Hiram. Veuve d’un potier. Sans enfant. Il l’avait croisée ça et là sans lui accorder
d’attention particulière. Il aurait dû.

Un froissement de vêtements, un raclement de gorge le ramenèrent à la réalité. Face à cette assemblée revêtue de longues robes luxueuses aux dessins complexes, serrées par la ceinture sacrée.

- Parle-nous du Taureau, répéta Artaliuma.
- Enorme, révéré mage. D’une taille stupéfiante. Avec le poil noir et des cornes d’une envergure impossible.
- Impossible, dis-tu. À ton avis, ce n’était pas un animal quelconque.
- Je dirais que c’était le symbole d’un dieu, répondit Hiram en oubliant sa prudence.

Il s’en mordit aussitôt les lèvres.

- Ah ! exulta Artaliuma. (Il se tourna vers ses disciples.) Le Taureau sacré, Seigneur de la Lune, dont le sang donne l’immortalité. Le sacrifice d’un tel animal, mes amis, a un retentissement cosmique. (Il reporta son attention vers Hiram.) Ton témoignage est inestimable. Tu nous accompagneras à Mari.

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MessageSujet: Re: Histoire d’Hiram le malchanceux   Mer 3 Déc - 20:14

À ces paroles, Hiram entendit la porte de la cage se refermer brutalement sur lui.

Ils escortèrent Hiram jusqu’à la maison des hôtes. Le grand mage y était déjà logé, de sorte que ses serviteurs avaient meublé l’appartement de tapis et de tentures luxueuses. Ces mêmes serviteurs dévêtirent Hiram, le plongèrent dans une
baignoire emplie d’eau tiède parfumée et le massèrent avec une grande compétence. Résigné, le berger se laissa faire. N’y étant pas accoutumé, il ne goûtait guère de se montrer nu devant des étrangers et encore moins d’être lavé comme un enfant.

Tandis qu’un serviteur le séchait à l’aide d’une grande serviette de lin immaculé, il masqua sa colère, tout en réfléchissant férocement. Ils veulent m’enfermer dans une prison dorée. Je ne peux pas les laisser me faire ça.

Les soldats qui protégeaient les mages étaient en partie ses geôliers, bien que nul ne l’eût formulé ainsi. Ils le surveillaient de près. Il s’en était aperçu lorsque les villageois s’étaient pressés en masse autour de lui dès qu’il était sorti de la salle. Tous désiraient lui parler. Certains s’étaient agenouillés en demandant sa bénédiction. Mais les soldats se tenaient à proximité sur la route poussiéreuse et leur officier ne le quittait pas des yeux. Prêts à intervenir.
*****

Pensif, Hiram commença à revêtir la tunique de laine bleue s’arrêtant à hauteur du genou et les pantalons sombres qu’on lui avait apportés. (Ses propres habits, jugés trop ordinaires, ne convenaient plus.) Il envisagea ses options. Il
pouvait ne rien faire et laisser le destin suivre son cours. Après tout, il existait des conditions mille fois plus abominables que vivre confortablement sous la protection d’un maître. Des millions d’hommes auraient supplié les dieux de leur octroyer pareille aubaine. Sa cage serait luxueuse, il n’en doutait pas. Mince consolation. Non ! Il savait que s’il se laisser enfermer dans le rôle de marionnette sacrée, il pourrait bien s’y perdre.

Il pouvait tenter de s’enfuir. Pour aller où ? Plus tard. Il repensa à la femme. Sarah. Se demanda si elle pourrait l’aider. Elle avait montré un certain courage en intervenant devant tout le monde. Une idée commença à germer dans son esprit,
vague encore, aléatoire, mais il n’en avait pas de meilleure. Il finit de s’habiller.

- Je vais voir Sarah, ma promise, annonça-t-il à l’homme glabre et austère qui supervisait les serviteurs.

L’autre se figea d’un air circonspect.

- Je crains que cela ne soit pas possible, monsieur. Mes instructions sont de te garder en sécurité.

Hiram décida de ne pas se laisser intimider. À Eridu, il avait entendu parler de riches marchands et des seigneurs. Il pouvait singer leurs manières.

- Tu n’empêcheras certainement pas un homme de voir sa future épouse, affirma Hiram d’une voix hautaine et offusquée. Ce serait bafouer le droit de tous les hommes libres.

Le chef des serviteurs accusa le coup ; il ne s’attendait vraiment pas à cet argument.

- Je pense que nous pouvons trouver un compromis acceptable pour les deux parties, monsieur. Un détachement va t’escorter chez cette dame.

Une heure plus tard, lorsqu’il frappa à la porte d’une maison située au bout du village, Hiram mobilisa tout son courage pour prendre le visage de la dame en question entre ses mains et l’embrasser sur la bouche.

- Bonjour, ma bien-aimée.

Sur le seuil de la porte, Sarah le considéra avec un calme sidérant. Comme si elle avait l’habitude d’embrasser tous les jours un étranger en public et se faisait un devoir d’offrir cette prestation à ses visiteurs. L’escorte, trois hommes armés de
lances et de poignards, observait la scène sans gêne apparente.

- J’ai besoin de ton aide, murmura Hiram au creux d’une oreille brune. (Comme elle l’invitait à entrer, il ajouta rapidement.) Tu n’as aucune raison de prendre ce risque.

La porte se referma sur eux. La femme se tourna vers lui, sourit et dit très clairement.

- Tu n’imagines pas ce que je ferais pour toi.

Hiram frémit. Et la contempla, soudain incapable de prononcer un mot. Il vit qu’elle était dans la maturité de l’âge et plutôt belle dans son style de campagnarde hâlée par le soleil. Bien qu’elle eût la bouche trop grande, les yeux étirés et le nez un tantinet busqué, la combinaison de ses traits formait un ensemble remarquable. À Eridu, Hiram avait déjà vu de belles femmes, et bien plus jeunes, mais aucune qui lui parut aussi pleinement… réelle. Pour la première fois depuis longtemps, il prit vraiment conscience d’un être humain autre que lui.

Tout bas, pour empêcher les soldats postés aux fenêtres d’entendre, il finit par articuler.

- Je ne peux plus rester ici. Je dois partir. Mais les mages vont me chercher. Si tu m’aides, cela va t’attirer des ennuis.

- Sans doute. (Elle se mordit la lèvre, leva les yeux vers lui avec une certaine hésitation.) Je peux t’accompagner.

Quand les soldats fouillèrent la maison, Hiram le berger et Sarah la veuve du potier avaient disparus sans laisser de trace. La tunique de laine bleue et les pantalons marron étaient soigneusement pliés sur une chaise. Un des soldats se frotta nerveusement le menton, la peur au fond des yeux.

- Notre seigneur Artaliuma ne va pas être content.




Son camarade répondit avec un haussement d’épaule fataliste.

- Que pourrait-il dire lorsqu’un dieu choisit de modifier la destinée d’un homme ? Ce berger est le chéri de Mithra. Il voyage à présent dans la lumière.


FIN

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